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26-11-2008
Le thon rouge n’en finit plus de sombrer


La toute récente réunion de la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique (ICCAT) vient de réduire à néant les espoirs des scientifiques et des diverses associations environnementales engagées dans la lutte pour la préservation du thon rouge. Passant outre les recommandations de ses propres équipes scientifiques, celle-ci a finalement arrêté le Total Admissible de Captures (TAC) du thon pour l’année 2009 à 22 000 tonnes alors même que la communauté scientifique s’entend à dire qu’un TAC supérieur à 15 000 tonnes par an entraînerait l’effondrement de l’espèce. Cette décision n’étant pas la seule aberration à mettre sur le compte de cette rencontre, l’ICCAT a pareillement ignoré l’exhortation à la fermeture saisonnière de la pêche au thon durant les mois de mai et de juin dédiés à la ponte. Ainsi, la pêcherie industrielle pourra poursuivre ses activités jusqu’au 20 juin de l’année à venir, soit quatre jours de surplus par rapport à la fermeture prématurée imposée cette année par la Commission européenne.

Allant à l’encontre des efforts menés par le passé, cette prise de position n’a pas mécontenté que les ONG impliquées dans le débat. Soutenant la proposition brésilienne, prônant un TAC fixé à 15 000 tonnes et une fermeture saisonnière, les Etats-Unis, le Canada, le Mexique, la Norvège, l’Islande et certains pays en développement n’ont pas pu faire entendre leur voix. Inconstant, le Japon avait initialement adopté ce point de vue pour finalement retourner sa veste et adhérer au verdict de l’ICCAT. Une position pas partagée par la Libye, détentrice de la plus importante zone de pêche au thon rouge de la Méditerranée, qui aurait condamné l’ICCAT à l’issue de la réunion selon les dernières communications du WWF.

Remontée de la senne, le filet rectangulaire utilisé en surface pour encercler les bancs de thons. Ces filets peuvent mesurer jusqu'à 2 km de long pour une hauteur de 100 à 200 m.

Cet échec cuisant est d’autant plus surprenant que pointe de plus en plus une prise de conscience générale, notamment chez les états concernés par le commerce du thon rouge. Ainsi, à l’occasion du Congrès mondial pour la Conservation de la Nature (UICN), l’Espagne, comptant parmi les principaux pêcheurs de thon rouge, et le Japon, principal débouché de cette pêcherie, avaient suscité la surprise générale en votant en faveur d’une fermeture temporaire de cette pêche en Méditerranée jusqu’à ce que la situation soit placée sous contrôle.

Mais la décision de l’ICCAT a aujourd’hui annihilé tous ces efforts, ne laissant que peu de recours pour sauvegarder tant l’espèce que les activités qui en dépendent. Selon le WWF, consciente de la nécessité d’instaurer une pêche raisonnée pour préserver le marché qu’elle alimente, l’entreprise japonaise Mitsubishi, le plus grand acheteur de thon rouge, aurait récemment émis des doutes quant à son implication future dans le commerce de ce poisson si l’ICCAT s’avérait incapable de gérer durablement cette pêcherie.

S’il est encore trop tôt pour dire que les jeux sont faits, l’avenir du thon rouge s’annonce plutôt sombre. Déçues, les associations ne s’avouent pas pour autant vaincues, appelant distributeurs, restaurateurs et consommateurs à poursuivre le boycott. Un levier qui fait difficilement le poids face un nombre légal de captures disproportionné, aggravé par les dérives illégales. En témoigne l’année 2007 au cours de laquelle les captures réelles furent estimées à 61 000 tonnes, soit trois fois le quota légalement autorisé. Pour l’heure, il est à espérer que l’ICCAT revoit sa position avant sa prochaine réunion prévue à Doha en janvier 2010.
Cécile Cassier
Copyright : Univers-Nature.com

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