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17-11-2008
Maladies animales : le grand gâchis


Dans son éditorial du mois d’octobre, l’OIE, l’organisation mondiale de la santé animale, soulève une question parfois ignorée dans les débats sur la consommation de viande. Son directeur général, Bernard Vallat, nous y apprend que 20 % de la production serait perdue à cause des diverses pathologies animales. Dans un contexte de très forte augmentation de la demande mondiale, et avec les conséquences que l’on connaît, les services vétérinaires mondiaux sont appelés à mieux se coordonner.

A l’heure actuelle, la FAO estime à 265 millions de tonnes la production de viande dans le monde. Avec l’augmentation de la population, mais surtout l’amélioration des conditions de vie dans des pays comme l’Inde, la Chine ou le Brésil, la demande en protéines animales est amenée à doubler d’ici 2020. L’évolution de cette demande risque, bien entendu, de ne pas être homogène, et l’on s’attend à ce que s’accroissent les disparités déjà existantes. A savoir, parmi la longue liste des inégalités que, d’après la revue médicale britannique The Lancet, dans les pays développés se consomme 100 g de viande par jour et par personne, pour moins de 20 à 25 g en moyenne dans les pays pauvres. Ces différences s’expriment aussi dans l’exposition au risque.

Avec la progression annoncée des productions et l’évolution concomitante des pathologies animales, plusieurs problèmes se posent en des termes parfois différents selon les populations concernées. Tout d’abord, on peut considérer que l’ensemble de l’humanité est impliqué dans cette évolution. Les impacts sur l’environnement des filières carnées sont aujourd’hui largement dénoncés (1) et l’intensification nécessaire des productions pour répondre à la demande ne va pas sans une augmentation des risques sanitaires. Pour les pays développés et émergents, des efforts devront donc être faits pour garantir l’accès à une alimentation de qualité et pour éviter et contenir les maladies, surtout celles transmissibles à l’homme. Dans les pays pauvres, si la question de la qualité des aliments est bien entendu de mise, il y a un autre aspect à considérer. Plus d’un milliard de personnes vivent de l’élevage, pour leur alimentation mais aussi pour le travail (le labour par exemple) et pour la fertilisation des terres agricoles. Ces populations sont particulièrement sensibles. Les conséquences pour un éleveur et/ou agriculteur africain de la perte de son bétail après une épidémie sont assez faciles à appréhender et sont sans commune mesure avec nos tracas de consommateur averti.

Ainsi, l’OIE considère comme une priorité de réduire l’incidence des pathologies animales. Cette organisation, en partenariat avec la FAO et l’OMS, espère coordonner l’effort international, et s’assurer du bon fonctionnement des services vétérinaires de chaque pays. Pour les institutions, diminuer les pertes passe également par le renforcement de la recherche, et la mise au point de nouveaux médicaments et de vaccins. L’OIE attend beaucoup des partenariats publics-privés pour le développement des programmes, et croit, « sans tabou, mais avec les précautions nécessaires », au potentiel offert par les biotechnologies dans le domaine vétérinaire. Une autre question est de savoir si les progrès scientifiques bénéficieront un jour à l’éleveur africain.
Elisabeth Leciak
1- Du fait des besoins alimentaires des animaux, l’élevage est très consommateur de surface (prairie, culture de végétaux ...) et d'eau. Intensif, il est également source de méthane (un des principaux gaz à effet de serre), de pollution des sols et ressources en eau, etc.
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