La modification des pratiques agricoles pourrait contribuer à modérer les changements climatiques
Un récent rapport de Greenpeace décrit en détail les effets directs et indirects de l’agriculture sur les changements climatiques et indique comment le secteur peut se transformer d’émetteur à un puits de carbone. A en croire Jan van Aken, un responsable de la campagne en faveur d’une agriculture durable chez Greenpeace, « en tant que contributeur majeur au changement climatique, l’impact environnemental de l’agriculture a atteint des niveaux critiques ».
Susan Rice
Le rapport souligne que l’agriculture, y compris les modifications des surfaces qu’elle implique, est responsable d’un pourcentage estimé entre 17 et 32 % des gaz à effet de serre produits par l’homme. La contribution la plus importante vient d’un usage abusif des engrais : plus de la moitié des engrais épandus dans les champs chaque année finit dans l’atmosphère ou dans les réseaux hydrauliques locaux, libérant l’équivalent de 2,1 milliards de tonnes de dioxyde de carbone, sous forme d’oxyde d’azote.
Le méthane issu de l’élevage est le deuxième émetteur direct dans l’agriculture selon Greenpeace. Le défrichage de forêts et d’autres couvertures naturelles pour créer des terres destinées au pâturage et à la production agricole détruit également d’importants puits de carbone.
Le rapport en appelle à un usage plus limité et rigoureux des engrais afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre et la pollution des ressources aquatiques. Parmi les autres recommandations, on notera la réduction de la demande globale en viande afin de limiter à la fois le nombre d’animaux producteurs de méthane et les terres déboisées pour l’élevage, le semi de cultures de protection afin d’aider les sols à mieux absorber le carbone et le maintien à sec des rizières en dehors saisons de production, afin de réduire les émissions de méthane. Le rapport souligne également que les politiques gouvernementales faisant la promotion de la monoculture et décourageant l’autosuffisance alimentaire augmentent les risques pour les fermiers et contribuent au changement climatique.
Alana Herro
Eugene (Oregon) obtient une reconnaissance mondiale pour ses efforts dans le domaine des transports
La ville d’Eugene, en Oregon, a de quoi se féliciter en cette première année de mise en service de son réseau d’autobus en site propre Emerald Express (EmX) . En janvier, elle a reçu une « mention d’honneur » du Prix des transports durables pour 2008, aux côtés de Pereira en Colombie et de Guatemala City (les deux villes gagnantes furent Londres et Paris). Eugene était la seule ville américaine sélectionnée par l’Institut pour une politique de développement dans les transports (ITDP).
Susan Rice
En 1990, les autorités d’Eugene ont commencé à rechercher des façons de réduire les congestions liées au trafic automobile. Des consultations ont été organisées avec la communauté, le monde des affaires et le conseil municipal pour matérialiser cette vision. S’inspirant du système à voies réservées mis en place à Curitiba au Brésil, le district a lancé un projet pilote en janvier 2007. Cette voie réservée, la ligne verte EmX, s’étend sur 6.4 kilomètres, de Eugene à Springfield. Sa flotte de bus à moteurs hybrides diesel-électrique, longs de 19 mètres, opère sur des voies réservées sur 60% de l’itinéraire, à la cadence d’un bus toutes les dix minutes.
En une année, la fréquentation de la ligne EmX a doublé, passant de 2’700 à 4’800 passagers par jour ouvrable. Andy Vobora, représentant du projet, dit que la principale incitation des passagers est la rapidité du système et la fréquence du service. Une étude révèle que les utilisateurs perçoivent la ligne verte comme plus rapide qu’elle ne l’est en réalité. Il met en lumière pour sa part des améliorations du système dans son ensemble, comme des stations faciles à identifier, pour expliquer son succès.
A Washington D.C., le Centre pour une politique de bus rapides à voies réservées décrit la ligne verte comme « un service qui démontre combien les réseaux à voies réservées peuvent être utilisés pour proposer un transport de qualité dans une petite ville. » Des plans sont en cours programmant l’ouverture d’une extension de la ligne verte, la ligne du « Pioneer Parkway », en 2010.
Joy Chen
Pour son programme alimentaire, l’ONU va acheter local
Navarana Reck
L’année dernière, la plus importante organisation humanitaire au monde a acheté 80 % de son aide alimentaire aux pays les plus pauvres. Dans ce qu’il décrit comme une approche win-win, le Programme alimentaire mondial (PAM) a acheté 2,1 millions de tonnes de céréales, représentant un prix d’achat de $ 760 millions, à 69 pays en développement de par le monde.
Selon Josette Sheera, du PAM, « les achats locaux apportent des solutions gagnantes-gagnantes à la problématique de la faim ». Et de poursuivre : « Dans une période de hausse des prix des aliments - qui frappe avant tout ceux qui souffrent déjà de la faim - de telles démarches sont plus essentielles que jamais. Aujourd’hui, non seulement nous nourrissons des gens qui ont faim, mais nous contribuons à trouver des solutions durables à cette problématique. »
Le principal fournisseur a été l’Ouganda, auquel le PAM a acheté 210’000 tonnes de nourriture, assez pour alimenter 3,4 millions de personnes durant une année. Acheter à des producteurs locaux, comme la coopérative Manyaka dans l’ouest de l’Ouganda, contribue à apporter des revenus supplémentaires aux petits fermiers tout permettant au PAM de réaliser des économies. En 2007, l’agence de l’ONU a également acheté localement en Equateur, en Turquie, au Pakistan, en Indonésie, en Inde, au Soudan, au Kenya, en Zambie et au Malawi.
Le PAM a choisi d’acheter davantage localement à un moment ou l’augmentation du prix des matières premières et des carburants a un impact important sur la capacité de l’organisation à livrer de la nourriture. Acheter sur les marchés locaux situés plus près des lieux de distribution, et où les prix sont parfois plus bas, permet à l’agence de réduire l’effet de la hausse des prix et de rendre la nourriture plus accessible aux plus vulnérables. Le PAM estime à 854 millions le nombre de personnes qui connaissent régulièrement la faim.
La politique du PAM est d’acheter la nourriture localement au moment et là où il y a abondance et d’éviter les marchés locaux durant les périodes de pénuries afin de ne pas provoquer de distorsions sur les marchés. L’agence prévoit d’étendre ses activités d’acquisitions alimentaires pour mieux soutenir la production alimentaire durable et de répondre aux causes profondes de la faim. En Afrique, l’agence espère stimuler les marchés agricoles de telle façon que d’ici 2015 un nombre plus grand de fermiers (dont la majorité sont des femmes), produiront des surplus importants de nourriture, vendront à un prix juste et gagneront des revenus suffisants pour leur permettre, eux et leurs familles, de sortir de la pauvreté.
Les politiques d’aide alimentaire du PAM sont très différentes de celles menées par les Etats-Unis, le plus important donneur de nourriture dans le monde. La politique américaine interdit l’achat d’aliments destinés à l’aide en dehors du pays, en partie pour soutenir l’agriculture nationale. Le volume de l’aide fournie par le principal programme d’assistance américain, Food for Peace, a chuté de plus de moitié entre 2000 et 2007 passant à 2,4 millions de tonnes métriques en réponse aux coûts croissants des matières premières et des transports, alors que les stocks diminuent. Le Canada pour sa part a le droit d’acquérir jusqu’à 50 % de son aide alimentaire dans les pays en développement, ce qui lui permet d’économiser sur nombre de ces coûts.
Lisa Mastny, avec Jessica Hanson
Les illustrations pour cette première section de Regard sur la Terre ont été réalisées dans le cadre du cours avancé donné par Glenna Lang, School of the Museum of Fine Art, Boston.
Chaque année, l’industrie du cuivre utilise une base de ressources « non renouvelable »
Selon une étude publiée en mars par la revue Geology, chaque année, les hommes utilisent approximativement 18’000 fois plus de cuivre que ce que la planète met à disposition dans de nouveaux dépôts. A ce rythme, la quantité de cuivre disponible à moins de 3,3 kilomètres de la croûte terrestre - la limite probable de futures activités minières - sera épuisée en 5’500 ans.
Selon le professeur de sciences géologiques à l’Université du Michigan, Stephen Kesler, c’est une période extraordinairement courte en termes géologiques. Selon l’étude, contrairement à d’autres ressources comme la forêt et les pêcheries, qui peuvent se renouveler relativement rapidement par des procédés naturels, les dépôts de minéraux comme le cuivre se forment si lentement qu’ils sont effectivement à classer dans la catégorie des « non renouvelables ».
Navarana Reck
Pour calculer les réserves de cuivre, Kesler et son collaborateur Bruce Wilkinson de l’Université Syracuse, ont utilisé une nouvelle approche afin de mesurer les ressources minérales de la planète. Les mesures reposaient jusque-là soit sur des extrapolations géologiques de dépôts miniers existants dans des régions largement explorées, soit sur des estimations économiques de la proportion d’une ressource ayant déjà été trouvée. Mais ces deux méthodes n’offrent des estimations qu’à une profondeur de 1 kilomètre, ignorant une partie importante de la croûte terrestre épaisse, de 50 kilomètres et pouvant contenir des dépôts de minéraux importants.
Selon Kesler, « la nouvelle dimension de notre travail est que nous avons fourni une estimation de ce qui se trouve dans toute la croûte terrestre - les 50 kilomètres - parce que c’est là l’ultime ressource. On ne se limite pas à ce qui se trouve dans le premier kilomètre. »
Kesler et Wilkinson ont développé un modèle qui simule comment les dépôts de minéraux migrent dans le temps à travers la croûte terrestre et ont comparé leurs estimations pour le premier kilomètre de la croûte terrestre aux Etats-Unis avec celles du US Geological Survey de la même région, qui elles représentaient des centaines de personnes-années d’études géologiques. Selon Kesler, les estimations correspondaient : « Nous avons donc le sentiment que ce modèle fonctionne. »
Kesler et Wilkinson ont établi qu’au fil du temps, plus de 125’000 dépôts de cuivre se sont formés sur Terre et que 574 dépôts sont connus à sa surface ou à sa proximité. Sur ces 125’000 dépôts, plus des deux tiers ont été érodés et sont recyclés par des processus géologiques. Les chercheurs espèrent faire usage de cette méthode pour tirer des estimations similaires pour les dépôts d’or et de pétrole se trouvant dans le monde.
Lysa Mastny
L’interdiction de sacs en plastique en Chine modifiera probablement les habitudes des consommateurs chinois
Monette Punzalan
En janvier, le Conseil d’État chinois a publié une directive interdisant la production de sacs en plastique ultramince dans tout le pays. Selon China News Agency, la loi interdit également aux commerces et aux supermarchés de proposer ce type de sacs à partir du 1er juin. L’imposition de taxes sur l’usage des sacs en plastique devrait influencer le comportement des consommateurs en Chine et avoir des impacts positifs pour l’environnement dans les années à venir.
Les sacs en plastique gratuits furent introduits en Chine dans les années 1980 dans la province de Guangdong, où le secteur commercial a connu un boom à la suite de réformes économiques. Le côté pratique des sacs, légers et imperméables, a rapidement mené ceux-ci à supplanter les traditionnels paniers encombrants qui prévalaient à travers le pays. Ainsi les sacs offerts depuis des décennies aux consommateurs ont favorisé l’émergence d’une mentalité du « mieux vaut plus que moins » et encouragé l’insouciante habitude du jeter après usage.
Selon Market News, les Chinois font usage de 3 milliards de sacs chaque jour et détruisent 3 millions de tonnes de ceux-ci chaque année. La majorité des sacs terminent dans les déchetteries ou dans sur des sites non officiels où ils peuvent prendre des centaines d’années à se décomposer.
La nouvelle directive a reçu un accueil contrasté. Alors que les environnementalistes et les citoyens sensibles aux problèmes de l’environnement saluent ses effets positifs potentiels dans la lutte contre la pollution, nombre de consommateurs s’inquiètent des désagréments pratiques qui pourraient en découler. Certains pensent que le gouvernement ne devrait pas faire porter le poids des changements environnementaux aux consommateurs et aux entreprises et qu’il devrait plutôt investir dans de meilleures alternatives et éduquer les citoyens pour qu’ils fassent de meilleurs choix.
En Chine, certains supermarchés, dont Wal-Mart, offrent des sacs en tissus bon marché et réutilisables sur leurs rayons, mais leurs ventes ont été plutôt modestes, les consommateurs préférant les sacs en plastique gratuits. Imposer une petite « taxe » sur les sacs peut cependant faire évoluer rapidement les comportements. Des initiatives pilotes imposant un coût à l’usage des sacs sur les campus d’universités chinoises, a produit une réduction de 80 à 90 % de leur usage.
Si l’interdiction de l’usage de sacs en plastique peut représenter un inconvénient pour les consommateurs, les bénéfices potentiels pour l’environnement sont énormes. Dong Jinshi, président du Comité pour le recyclage des déchets plastiques de l’Association des industries du plastique, prédit que l’interdiction réduira l’usage des sacs de deux tiers et augmentera le taux de recyclage. Ainsi qu’il l’a déclaré, « si notre objectif est de construire une société qui économise l’énergie et les ressources et respecte l’environnement, il nous faut remettre en cause nos anciennes habitudes et procéder à des améliorations ».
Yingling Liu