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La construction verte devient tendance
Une vue d’ensemble des matériaux pratiques et durables

par Erica Gies
traduit de World Watch


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La construction verte devient tendance / 3.2 Mo




Toutes les photos, à l’exception de celles en relation avec la rénovation des Doering sont publiées avec l’aimable permission d’Ecofutures Building Inc. www.ecofuturesbuilding.com/, à Boulder (Colorado).

Bill et Becka Doering, de Santa Barbara en Californie, ont décidé récemment de se mettre en quête d’une maison plus grande pour y vivre avec leurs deux enfants. Après de multiples recherches infructueuses dans un marché immobilier très onéreux à Santa Barbara, les Doering ont accepté une offre du père de Becka : un échange de sa maison pavillonnaire de 102 mètres carrés contre leur habitation de 84 mètres carrés de l’autre côté de la ville. Ce coup de pouce était bienvenu, mais comme la maison pavillonnaire ne comportait que trois chambres et une seule salle de bain, les Doering ont eu l’idée de la transformer pour en faire une maison de 150 mètres carrés, avec quatre chambres et deux salles de bain.

Cette maison des années 70 construite sur un ranch fait l’objet d’une modernisation avec à la clé l’installation de panneaux photovoltaïques connectés au réseau et un système solaire avec des tubes sous vide.

Mais ce remodelage ne se limitait pas à une simple extension de la maison. Les Doering souhaitaient également que leur nouvelle maison soit efficace du point de vue énergétique et saine pour la santé. Ils ont donc profité de l’occasion pour engager un architecte et un maître d’œuvre experts dans ces matières, susceptibles de les aider à appliquer les nombreux principes régissant la construction écologique. La durabilité, l’efficacité énergétique, les matériaux et les techniques utilisés dans la conception du réseau d’eau, la qualité de l’air intérieur et de nombreux autres aspects ont donc été pris en considération lors du processus de transformation (voir notre résumé en fin d’article).

Paradoxalement, malgré l’utilisation de certains matériaux high-tech et de principes de conception sophistiqués, le réaménagement des Doering a impliqué une large reconnaissance de pratiques anciennes. Jadis, l’humanité construisait de façon plus durable et mieux adaptée au lieu de construction. Les maisons en pisé de Djenné, au Mali, les huttes en terre dans les prairies américaines, les huttes circulaires avec des toits en terre en Afrique, les chaumières surélevées aux murs ouverts sur l’extérieur en Asie, les igloos dans le grand Nord sont autant d’exemples montrant comment les gens ont fait usage de matériaux naturels et ont su implanter leurs habitations en vue d’optimiser la ventilation naturelle et de contrôler le climat intérieur. Pour Bill Doering, ces sagesses anciennes et la simplicité qui les fondait ont constitué l’axe central de leur projet de réaménagement : « Nous avons parfois tendance à trop réfléchir et à trop construire, alors que seuls des principes simples devraient guider une conception immobilière écologique. » Par exemple, au départ, Bill Doering avait prévu un système de chauffage unique pour l’eau et les lieux de vie, mais dans les faits, cette conception lui aurait coûté une fortune. « Nous avons réalisé par la suite que ça n’avait pas vraiment de sens. Pourquoi investir $ 30’000 dans un système de chauffage alors que notre but était dès le départ d’en faire un usage aussi parcimonieux que possible ? » s’interroge-t-il aujourd’hui. En fin de compte, ils ont installé sur le toit un système pour chauffer l’eau grâce à l’énergie solaire, et ont fait l’achat d’un fourneau peu onéreux mais efficace au niveau énergétique.

Prendre de la vitesse

La construction verte connaît un boom, particulièrement en Europe et sur les côtes des Etats-Unis. Ce qui a commencé comme un mouvement marginal dans les années 1990 devient de plus en plus tendance aujourd’hui. Selon le rapport de McGraw-Hill Construction (MHC) Green Building SmartMarket, en 2005, près de 2% des nouvelles habitations aux États-Unis répondaient à une conception « verte », ce qui correspond à une adhésion à des normes élevées d’efficacité énergétique. Le secteur commercial, lui, a atteint les 2% en 2004 déjà. MHC prévoit que les deux secteurs, aussi bien celui du résidentiel que celui du commercial, atteindront les 10% du marché en 2010. Mais ces chiffres ne reflètent pas les améliorations non documentées qui se font au gré des circonstances, réalisées par une grande variété de propriétaires. Selon le rapport MHC, 90% des entrepreneurs dans d’immobilier et 85% des architectes commerciaux, des ingénieurs et des maîtres d’œuvre, rapportent avoir participé d’une façon ou d’une autre à des activités liées à la construction écologique.

Ce mouvement est frappant et s’explique en partie par une prise de conscience croissante de l’impact écologique de l’environnement construit et des implications pour la santé des espaces intérieurs saturés en produits chimiques. Aux États-Unis, 40% de l’usage énergétique est dévolu au chauffage, à l’éclairage et au refroidissement des bâtiments résidentiels, commerciaux et industriels. Selon Ed Mazria, un architecte qui a fondé Architecture 2030, un groupe sans but lucratif visant à encourager l’industrie et les gouvernements à réduire les émissions des bâtiments qu’ils occupent, 8% additionnels sont captés par l’énergie consommée lors de la construction ou lors de la production des produits utilisés. Ainsi, près de 50% des émissions de CO2 proviennent de constructions (43% allant à l’utilisation courante et 6 à 8% à la production des matériaux et à la construction). Dans les pays développés, l’empreinte énergétique des bâtiments est selon lui probablement comparable.

Certains constructeurs estiment que les profilés souples, arrimés ici à de petits crampons, améliorent la performance de l’enveloppe du bâtiment en brisant la conductance thermique et acoustique entre l’intérieur et l’extérieur.

Les inquiétudes concernant le changement climatique semblent constituer une motivation importante pour ceux qui s’engagent pour la construction écologique, qu’ils soient propriétaires ou professionnels ; si le secteur de la construction consomme une telle quantité d’énergie, y appliquer des mesures pourrait avoir un impact immense. Marzia concentre particulièrement ses efforts sur une réduction, voire une élimination, de l’usage du charbon, ce dernier pouvant être considéré comme le carburant fossile le plus polluant. Il affirme qu’une réduction importante de la consommation énergétique des bâtiments réduirait la demande au point que les États-Unis seraient en mesure de fermer leurs centrales au charbon. Se basant sur les données d’un rapport du McKinsey Global Institute (The Case for Investing in Energy Productivity), Mazria conclut : « En termes de conservation, un investissement de $ 21.6 milliards en efficacité énergétique permettrait une réduction de consommation énergétique de 1 quatrillion de l’unité thermale BTU. Aux Etats-Unis, vous pourriez fermer 22.3 centrales au charbon à chaque investissement de 21.6 milliards. Vous auriez également une réduction la consommation de gaz naturel de 204 milliards de pieds cubes par année et une réduction de 10.7 milliards de barils par année. Vous réduiriez les émissions de CO2 de 86.7 millions de tonnes métriques et vous feriez économiser $ 8.46 milliards par année aux consommateurs, tout en créant 216’000 emplois. »

La construction écologique reçoit également un coup d’accélérateur grâce aux efforts consentis de par le monde pour établir de nouvelles normes pour les immeubles et pour éduquer la population, l’industrie et les décideurs. Ces programmes visent à réduire les émissions de gaz à effet de serre et l’usage de l’eau et à améliorer les pratiques concernant les substances dangereuses, la pollution et la sécurité. Les évaluations provenant de parties tierces incluent le LEED (leadership dans la conception énergétique et environnementale) développé par le Conseil américain pour la construction écologique (USGBC) ; le BREEAM au Royaume-Uni (la Méthode d’évaluation environnementale pour les immeubles destinés aux établissements de recherche) ; le CASBEE (Système exhaustif d’évaluation de l’efficacité environnementale) au Japon ; LEED Canada ; et le Green Star en Australie. Il existe également un Conseil mondial pour la construction écologique (WGBC), basé Toronto, dont l’objectif est de comparer les systèmes nationaux d’évaluation afin de publier une compilation des meilleures pratiques. Les 12 pays membres du WGBC représentent approximativement 50% de l’industrie de la construction dans le monde.

De plus petites organisations dans divers pays apportent également leur contribution. Par exemple, Mazria Architecture 2030 a lancé le Défi 2030, qui souhaite encourager les gouvernements et les industries à réduire leur consommation d’énergies tirées des carburants fossiles pour tous les types de constructions, de 50% d’ici 2030 en prenant 2003 comme base et des bâtiments comparables dans chaque région. Ce défi fixe des normes toujours plus strictes, ce qui aura pour effet qu’en 2030 toutes les nouvelles constructions devraient être « neutres en émissions de carbone » (voir la discussion ci-dessous). Mazria affirme que pratiquement toutes les organisations professionnelles, de nombreuses villes et plusieurs États ont décidé de relever ce défi en adoptant des résolutions, des règlements d’exécution ou des législations. De nombreux gouvernements, qui pour l’heure n’appliquent ces objectifs qu’à leurs propres édifices, envisagent d’introduire ces normes dans leurs codes de la construction. Et de fait, Santa Barbara, la ville où habitent les Doering, fut la première ville à le faire en 2007. Aujourd’hui, l’État de la Californie remet à jour son code de construction dans le but d’atteindre ces objectifs.

Mazria relève que l’évolution normale du marché signifiera un renouvellement drastique des immeubles d’ici 2035. Les constructions aux États-Unis totalisent approximativement 28 milliards de mètres carrés de surfaces. Les constructeurs vont certainement démolir approximativement 4.9 milliards de mètres carrés durant les 30 prochaines années, rénover 14 milliards de mètres carrés et ajouter 14 milliards de mètres carrés de constructions nouvelles. Plus des trois quarts de l’environnement construit seront soit neufs, soit rénovés d’ici 2035. Si chaque nouvelle construction ou chaque immeuble rénové atteignait les objectifs fixés pour 2030, cette évolution réduirait les émissions de façon significative. Mazria espère que le Congrès, et la nouvelle administration dès 2009, élèveront le niveau des normes énergétiques exigées pour les immeubles fédéraux, afin que ceux-ci répondent à ces objectifs.

Bien que les nouvelles constructions vertes soient assez « sexy » dans leur conception et leur ambition, les opérations visant la rationalisation, les opérations de maintenance et d’autres projets d’améliorations des bâtiments existants ont également leur importance pour réduire la consommation d’énergie. Mazria note que sur les 48% de l’énergie consommé par le secteur immobilier aux États-Unis, 40% vont au fonctionnement des immeubles et à leur entretien. C’est la raison pour laquelle l’amélioration de ces domaines est à ce point important. La vice-présidente du développement technique du programme LEED au Conseil pour la construction écologique des États-Unis, Brendan Owans, affirme : « Il y bien des codes en vigueur, mais rien n’oblige vraiment un propriétaire d’immeuble à s’assurer qu’il fonctionne efficacement, si ce n’est le prix de l’énergie. » Et d’ajouter qu’aux États-Unis en particulier, « le marché n’envoie pas les bons signaux pour refléter les véritables coûts pour l’environnement et les impacts sociaux de nos politiques énergétiques ».

Dans ce complément à une maison déjà existante, de l’Icynene a été soufflé entre les montants et les surplus sont nivelés à plat avec les profilés souples.

Les évaluateurs dans le domaine énergétique peuvent maximiser l’efficacité d’un bâtiment par un examen minutieux, pièce par pièce. Nombre d’entre eux procéderont ainsi au test consistant à évacuer l’air afin de déterminer si une construction connaît ou non des fuites. On place un puissant ventilateur dans une porte extérieure afin d’expulser l’air à l’extérieur et de réduire la pression intérieure, permettant ainsi à l’air de s’infiltrer par toutes les zones non colmatées, qui sont ainsi rapidement repérées. La thermographie (balayage infrarouge) est également un outil intéressant pour identifier les défauts thermiques et les fuites d’air. Owens affirme qu’un évaluateur énergétique peut améliorer l’efficacité énergétique d’au moins 30% par le biais de travaux mineurs dont le coût de réalisation sera rentabilisé en à peine une année. De telles mises à jour peuvent concerner les techniques d’éclairage, les fuites d’étanchéité de l’enveloppe du bâtiment, les distributions à clapet et les conduits de reprise (conduits d’air), l’entretien des systèmes mécaniques et les mesures consistant à s’assurer que les temps d’arrêt et de reprise des systèmes dans les immeubles sont optimisés pour atteindre un fonctionnement maximal.

La rénovation

Les propriétaires se demanderont peut-être si une rénovation est vraiment écologique, puisque la construction génère des déchets et est avide en énergie tant par son processus que par l’énergie nécessaire à la fabrication de nouveaux matériaux. Selon Ed Mazria, 8% seulement de l’énergie consommée aux Etats-Unis dans le secteur de la construction est dévolue à la construction et aux matériaux de construction. Ainsi, la rénovation prend tout son sens si une réduction de la consommation annuelle en résulte.

L’activité de l’entreprise en construction verte de Paul Cerami à Berkeley en Californie est pour 90% constituée de transformations. Il affirme que le remplacement d’appareils et de systèmes anciens économise davantage d’énergie que tout autre type de projet. La prochaine action la plus efficace est de remplacer les fenêtres simples par des fenêtres doubles - ou même triples.

Le système de ventilation pour rafraîchir l’ensemble de la maison est installé dans le grenier.

Dans la région où Cerami travaille, installer de l’isolation est un travail répandu puisque nombre de maisons anciennes n’enont aucune. Il affirme que l’isolation est un bon usage pour tout ce qui est recyclé, du blue-jean aux journaux sous forme de cellulose. Cerami affectionne particulièrement l’usage d’une mousse isolante appelée Icynene qui offre un grand pouvoir isolant sur des dimensions relativement limitées tout en permettant à la vapeur d’eau de s’échapper, ce qui évite le développement de moisissures. La mousse Icynene a une valeur R (une mesure de l’efficacité de l’isolant) de 3.6 par pouce. Ainsi un mur construit avec des sciages « 2x4 » - en réalité un peu moins de 3.5 pouces pour une épaisseur de 9 centimètres - et rempli d’Icynene a une valeur R approximativement de 13. Un mur « 2x6 » (épais de 5.5 pouces) procure un R-20. L’Icynene est imbibée d’eau, c’est un produit sans chlorofluorocarbone, il n’a pas tendance à se tasser ou à vieillir prématurément comme d’autres isolants ce qui fait qu’on peut s’attendre à ce qu’il maintienne sa valeur R maximale.

La peinture utilisée pour peindre la face intérieure du toit contient un additif faisant « barrière à la chaleur »

Cerami affirme également que le chauffage de l’eau sans réservoir fait également parti des améliorations très prisées ; il en fait l’installation sur 95% des ses chantiers. Ces chauffe-eau électriques utilisent moins d’énergie que les modèles standard puisqu’ils ne maintiennent pas l’eau chaude en permanence, le chauffage se faisant à la demande. En ce qui concerne l’eau à proprement parler, les principales initiatives incluent : les toilettes à double chasse et à faible débit ; les réducteurs de débit des têtes de douche et des robinets ; des équipements comme des machines à laver frontales (à tambour) et les nouvelles machines à laver la vaisselle ; l’irrigation « goutte-à-goutte » du jardin.

Pour être vraiment verts, les projets doivent également prendre en considération la gestion des déchets, ce qu’ils peuvent faire à la fois aux étapes de la démolition comme durant celle de la construction. La démolition peut produire une quantité très importante de déchets qui ne doivent pas obligatoirement se retrouver en décharge. Les Doering par exemple ont réutilisé ou recyclé l’essentiel du matériel qui est sorti de leur maison, en offrant leurs fenêtres et leurs portes à des voisins, en vendant l’ancien plancher, en donnant des appareils et d’autres matériaux à Habitat for Humanity et leurs volets à un antiquaire. Ils ont réutilisé les armoires de cuisine, une bibliothèque et les armoires de rangement. Sur les 100 tonnes de matériel restant, un récupérateur de déchets local a aidé à en recycler 85%.

Puits de lumière installé dans le toit, des bardeaux bons pour 50 ans attendent d’être installés.

Les espaces de récupération et les maisons détruites deviennent ainsi une grande source de matériaux et les produits récupérés sont beaucoup moins onéreux que les nouveaux. Ces sources ont souvent une pièce plus susceptible d’être adaptée au style d’un immeuble ancien. Et bien que les fenêtres et les appareils anciens ne soient pas un bon choix pour l’efficacité énergétique, l’achat de matériaux usagés peut être la manière d’acheter la moins dommageable pour l’environnement puisque la consommation de ressources supplémentaires est ainsi évitée. Cerami achète, dit-il, beaucoup de matériaux récupérés pour ses projets, depuis des poutres de décoration en bois, aux revêtements, jusqu’à de vieux équipements comme les verrous.

Un treillis est construit pour ombrager le patio à l’arrière de la maison.

Une autre façon importante de minimiser les déchets est de penser à long terme lors de la conception d’un projet ; de considérer le coût à l’usage d’une construction, dont les coûts d’opération et de maintenance. Bill Doering a fait des choix pour sa maison en se basant sur ce principe. « La couleur est intégrée dans le stuc avec peu de bois, ce qui fait que l’entretien sera minimal », dit-il. Et il ajoute, « l’enveloppe des fenêtres est en fibre de verre, ainsi il ne peut se corroder... Nous ne devrions pas construire des maisons qui durent 50 ans ; nous devrions les construire pour qu’elles durent 200 ans. »

La partie avant de la maison que les Doering viennent de rénover.

Cerami insiste également sur des choix qui n’ont pas d’âge plutôt que de suivre des modes. « Nous continuons à gaspiller des ressources lorsque nous faisons de la rénovation », dit-il. « Il faut faire des choix qui garantissent qu’on ne va pas tout recommencer dans cinq ans en envoyant les matériaux passés de mode à la déchetterie. »

Commencer de rien

Bien réalisée, une construction verte fait davantage que simplement conserver l’énergie et les ressources. Selon Brendan Owens de l’USGBS, « l’industrie commence à être réceptive à l’idée que des bureaux commerciaux à haute performance verte puissent avoir une productivité meilleure et quantifiable ». « Les gens qui y travaillent prennent moins de journées maladie... ils ne se plaignent pas de la chaleur ou du froid, ils sont plus satisfaits de leur environnement de travail lorsqu’ils peuvent voir dehors ou que l’éclairage naturel est abondant. Et c’est le type d’environnement qui permet aux employeurs de retenir des travailleurs clés. »

Les projets nouveaux donne l’opportunité aux architectes, ingénieurs et paysagistes de concevoir des systèmes d’ensemble des constructions. Ils peuvent optimiser l’orientation des constructions pour profiter au maximum de la lumière du jour, de la chaleur solaire ou des effets du vent pour rafraîchir une construction. Là où cette technique est adaptée, ils peuvent appuyer les constructions contre un relief pour obtenir une meilleure isolation, ou incorporer certaines caractéristiques difficiles ou trop onéreuses à inclure dans une rénovation comme la mise en place sous les planchers des tuyaux qui transportent l’eau chaude afin de réchauffer l’habitation. Même le solaire photovoltaïque traditionnel peut être moins onéreux s’il est installé lors d’une nouvelle construction.

Le constructeur doit avoir à l’esprit non seulement l’énergie consommée par un immeuble chaque jour mais également l’énergie de sa construction, qu’il s’agisse de l’extraction de ressources, de la fabrication de matériaux ou de pièces, de leur transport à leur point de vente ou au site construit, etc. Une des façons de réduire l’énergie induite par la construction, est l’érection de constructions préfabriquées de composants de grande taille issus de fabriques. Les immeubles modernes préfabriqués peuvent être énergétiquement efficaces en termes opérationnels mais aussi de maintenance ; ils peuvent être conçus de manière élégante avec des options pour en assurer l’originalité et éviter les répétitions.

Dans certains cas, les constructeurs peuvent aller au-delà de l’efficacité énergétique et viser à qualifier leur bâtiment de « neutre en carbone » et « à consommation énergétique nette nulle ». Ces termes ne sont pas toujours bien définis, mais en général, une « consommation énergétique nette nulle » signifie que la consommation énergétique des bâtiments est compensée par la génération d’énergie propre sur place, soit par des modules solaires photovoltaïques, soit par des turbines éoliennes de petite taille qui peuvent parfois être installées sur les toits. La déclaration de neutralité en carbone implique que l’empreinte totale du bâtiment en carbone est de zéro, c’est-à-dire que le carbone relâché durant sa construction et son fonctionnement est compensé par l’utilisation d’énergie renouvelable d’un fournisseur et/ou par le paiement d’autres personnes pour séquestrer du carbone. Un bâtiment peut également dépendre de la production sur place pour une partie de son énergie. En pratique, les bâtiments vantés pour leur faible empreinte en carbone ne tiennent souvent pas compte du carbone issu des matériaux et de la construction.

Une autre idée qui fixe les contours du concept de bâtiments nouveaux écologiques est le concept de « faible vulnérabilité ». Déclenché par l’ouragan Katrina qui a frappé le Golfe de la côte est des États-Unis en 2005, ce terme signifie que l’on conçoit des bâtiments résilients aux inondations, à la chaleur et à d’autres temps extrêmes qui pourraient être plus fréquents avec les changements climatiques. Brendan Owens soulève par exemple la question suivante : « Lorsque l’électricité est défaillante, vous trouvez-vous dans un immeuble qui est inhabitable parce que vous ne pouvez en ouvrir les fenêtres ? Et si l’immeuble devient un peu humide, avez-vous un problème de moisissure qui se transforme en un danger immédiat pour la santé ? Les concepteurs tiennent de plus en plus compte des températures plus élevées [du fait des changements climatiques] et de ce que cela implique pour concevoir la capacité des bâtiments à s’auto-rafraîchir par des moyens passifs ou actifs. Lorsqu’elles sont endommagées, de telles constructions devraient nécessiter moins de ressources pour leur reconstruction. La minimisation des dommages devrait également réduire les coûts sociaux comme la mortalité, la maladie, la dislocation des communautés, la séparation des familles et les soins de santé mentale rendus nécessaires par de tels stress.

Un mot sur les matériaux, qu’il s’agisse des matériaux utilisés dans une nouvelle construction ou dans une rénovation : déterminer qu’un produit faisant partie d’une construction est vert exige de considérer son contenu recyclé, les sources de ses composants et si ceux-ci sont durables, son contenu en produits chimiques, son impact sur l’environnement lors de sa fabrication, son impact sur la santé des travailleurs, son empreinte en termes de gaz à effet de serre ou le cycle du produit, le flot de déchets généré par son cycle de vie, quelle distance il a dû parcourir du lieu où il a été fabriqué à celui où le projet a été réalisé. La certification et les programmes de normes font une partie de ce travail pour les consommateurs. Cependant, il existe différents programmes pour différentes catégories de matériaux et tous les matériaux ne sont pas examinés. Vu la popularité croissante de la construction écologique, des experts affirment que certaines entreprises ne font que prendre le train en route dans l’espoir d’en profiter. Une tendance à l’éco-blanchiment peut résulter de ce soudain enthousiasme.

Des panneaux isolants de construction avec une valeur R de 42 sont installés comme toit dans l’agrandissement d’une résidence.

Le directeur exécutif du Conseil mondial pour la construction écologique, Andrew Bowerbank, a bon espoir que le marché réagisse. « Nous devons compter sur nos chefs d’industries pour qu’ils identifient des organisations comme le Forest Stewardship Council (FSC pour le bois), ou Energy Star (pour les appareils ménagers) et d’autres organismes.... Dans n’importe quel marché compétitif, ceux qui sont de valeur, ceux qui agissent vraiment en conformité avec leur discours, sont ceux qui finissent par percer le marché tandis que les autres iront à la faillite. »

Owens affirme qu’aux Etats-Unis, les intérêts concernés souhaitent établir une « marque verte » pour la certification de produits. Et il met en garde « en attendant, je dirais... ‘le consommateur doit faire attention’. » Et de poursuivre « il vous faudra un peu d’éducation pour comprendre la signification des certifications de produits... [Les acheteurs devraient] chercher des critères de sélection qui concernent plusieurs caractéristiques et non une seule. »

Aménagement paysager

Puisqu’un bâtiment est lié de façon inextricable à une terre, l’aménagement paysager durable est un élément vital de la construction écologique. Cet aspect peut influencer toutes les dimensions d’un projet, depuis l’utilisation d’énergie à la gestion de l’eau en passant par son aspect esthétique. Des arbres positionnés de manière opportune par exemple, peuvent réduire l’utilisation d’énergie en ombrageant un bâtiment durant l’été et en réduisant ainsi les besoins d’air climatisé. Sur les côtés ensoleillés, des arbres à feuilles caduques vont faire ombrage durant l’été, mais laisser entrer le soleil en hiver. Sur les façades qui font face aux vents prédominants, des arbres à feuillage persistants peuvent être utiles comme paravents, réduisant ainsi les pertes de chaleur. Le Centre pour la recherche sur la foresterie urbaine à Davis, en Californie, a estimé en 2001 qu’une augmentation de 50 millions d’arbres en milieu urbain aux États-Unis durant 15 années, pourrait produire une économie de 6’100 gigawatts d’énergie soit la production de sept centrales et une économie d’un milliard de dollars par année.

La gestion des eaux de ruissellement est un souci croissant dans de nombreuses régions. La Californie a récemment voté une loi exigeant que les bâtiments commerciaux et publics nouvellement construits ne soient pas dotés d’évacuateurs directs des eaux de ruissellement. Au lieu de cela, les eaux doivent être captées et emmagasinées sur place. Selon l’architecte paysagiste Leith Carstarphen de San Rafael en Californie, cette exigence peut être satisfaite de nombreuses façons. Sur les grandes propriétés, il construit des ruisseaux et des étangs « printaniers » qui se remplissent durant l’hiver et s’assèchent durant l’été. Il peut également créer des espaces humides qui nettoient l’eau de ruissellement avant son infiltration vers les eaux souterraines ou son utilisation pour irriguer la propriété. Un sol marécageux peut également traiter les eaux usées sur place. Sur des propriétés plus restreintes, il creuse souvent un puits sec qui est très semblable à un puits régulier, à la différence qu’il n’atteint pas la nappe phréatique souterraine et reste donc à sec sauf en cas de précipitations récentes. Les drainages sont dirigés vers ce puits et l’eau s’infiltre alors dans le sol lentement. Il travaille parfois avec des architectes pour construire des réservoirs capables de retenir jusqu’à 1.9 millions de litres à l’intérieur même des bâtiments. Ceux-ci retiennent les eaux collectées par les toits en vue de leur utilisation pour l’irrigation ou pour un usage domestique, comme pour les chasses d’eau.

Des citernes pluviales peuvent capter l’eau pour l’irrigation, particulièrement à des endroits où il pleut durant toute l’année. Idéalement, elles sont situées à l’endroit le plus élevé de la propriété de façon à ce que l’eau puisse être dirigée vers le système d’irrigation par gravité. Lorsque cela n’est pas possible, une pompe peut amener l’eau en hauteur. Selon Carstarphen, l’utilisation de plantes locales lors des aménagements paysagistes peut également permettre des économies d’eau, réduire les ravageurs et diminuer les frais d’entretien. Elles fournissent également un habitat pour les insectes et les oiseaux de la région et nombre de ces plantes attirent des insectes bénéfiques dans le sol. Des empilements de pierres ou de bois créent des habitats pour les vers, les insectes et des lézards qui mangent les vers, et d’autres organismes utiles. Par exemple, il est avéré que le sang des lézards neutralise la maladie de Lyme, transmise par les tiques, et une étude de chercheurs de l’Université de Davis en Californie a démontré que dans les zones offrant de nombreux habitats pour les lézards, la maladie de Lyme est absente.

D’autres façons de conserver l’eau dans les jardins incluent l’irrigation par goutte-à-goutte qui ne libère que la quantité d’eau nécessaire aux plantes, et les systèmes dits de « l’eau grise », qui redirigent l’eau déjà utilisée des éviers et des douches dans le réseau d’arrosage.

Pour réduire les émissions issues de carburants fossiles pour la production alimentaire et redonner aux habitants un contact avec la terre, Leith Carstarphen plante des cultures vivrières chez tous ses clients. Il affirme : « Le thème des plantes consommables prend vraiment de l’ampleur à mesure que les gens se sentent plus concernés par la sécurité alimentaire et la qualité. Vous pouvez vraiment voir les intrants utilisés : les engrais, quels types de soins sont prodigués aux cultures et comment la terre est préservée. »

Depuis 14 ans qu’il est en affaire, Carstarphen a vu les pratiques liées au jardinage durable devenir dominantes. Il poursuit : « Même chez le grand distributeur Home Depot et d’autres surfaces commerciales de ce type, je constate qu’ils offrent une gamme d’engrais biologiques et qu’ils ont commencé à proposer des plantes locales. Ce n’est qu’une petite gouttelette dans un océan de produits chimiques, mais cela signifie qu’ils prennent conscience qu’il commence à y avoir une demande des consommateurs et que s’ils n’y répondent pas, les gens iront voir ailleurs. »

Les communautés vertes

Les pratiques associées à la construction verte commencent à englober les structures de communautés entières tout comme leurs bâtiments. Bill Doering par exemple affirme que le déménagement de sa famille et la rénovation qu’ils ont entrepris, les ont amenés à changer de mode de vie en conservant l’eau ou en se déplaçant à pied, pour faire leurs courses ou pour leurs loisirs, ce qui n’était pas possible dans la maison qu’ils occupaient précédemment. Leur ancien logement faisait partie d’un étalement suburbain, un développement typique aux Etats-Unis mais aussi dans la majorité du monde depuis la Deuxième Guerre mondiale, dans les pays riches comme dans les pays pauvres. L’usage d’une voiture y est une obligation parce que les maisons sont trop éloignées les unes des autres pour qu’un transport public soit efficace et rentable, les habitations et les commerces sont dans différents voisinages et l’absence de réseau de rues ou de facilités pour la marche peut considérablement rallonger le parcours en comparaison de la distance à vol d’oiseau. La rénovation de la maison de Bill Doering dans un vieux quartier ne fait pas partie d’un développement urbain étalé et le contraste l’a étonné : « Dans ce quartier nous pouvons aller à pied au magasin d’alimentation, à la pharmacie, au restaurant, ou jusqu’au parc avec les enfants. Désormais, ceux-ci pourront marcher jusqu’à l’école en bas de la rue, et c’est une chose qui était simplement impossible dans le quartier où nous habitions auparavant. »

Pour Brendan Owens qui participe à la création d’une norme LEED pour le Système d’évaluation du développement de quartiers, « Il n’est pas possible de partager les bâtiments et l’utilisation du sol de façon significative. Nous voulons éduquer les architectes, leur expliquer que l’emplacement d’un bâtiment a son importance. Nous essayons également d’éduquer les propriétaires sur les effets négatifs de l’étalement, sur les effets négatifs de voisinages et de communautés complètement dépendants de l’automobile. »

Première habitation à énergie nette nulle à Boulder (Colorado), construite en 2005. Sur la façade sud on profite du soleil pour produire de l’électricité et pour chauffer l’eau emmagasinée dans un réservoir souterrain de 23 000 litres.
Lorsque la température de l’air atteint 27°C dans la véranda plein sud (au centre), un ventilateur tire cet air chaud vers d’autres parties de la maison.

Le secteur du développement de quartiers conçus avec des bâtiments écologiques insiste sur la planification communautaire réfléchie à l’aide d’un vocable qui lui est propre : croissance intelligente, croissance traditionnelle, nouvel urbanisme, communautés saines, communautés agréables à vivre, développements orientés sur les transports publics ou vie de quartier active. Ces expressions partagent les mêmes buts d’une densité plus élevée afin de faciliter des transports en commun efficaces ; des développements mixtes où sont construits des habitations, des écoles, des commerces, des parcs et d’autres ressources dans une zone compacte afin que les gens puissent marcher ou utiliser une bicyclette pour se rendre à leurs activités ; des trottoirs pour leur sécurité ; des espaces communautaires verts partagés. La majorité de ces philosophies favorisent très fortement la densification - la rénovation ou la construction de nouveaux bâtiments à l’intérieur de frontières communautaires existantes - au détriment de développements dans des espaces vierges. La densification (ndlt. infill, on parle également de gentrification), préserve des habitats pour la faune sauvage, les forêts, les terres agricoles et les terrains consacrés aux loisirs, elle maintient l’intégralité des communautés et elle contribue à leur revitalisation en améliorant les infrastructures existantes et en introduisant de nouvelles habitations et de nouveaux commerces. Lorsque la gentrification est mixte, le « transport actif » (la marche et le vélo) qu’elle encourage promeut la santé de façon directe et en raccourcissant les trajets, elle libère plus de temps pour les familles et les amis et réduit le stress et la « folie routière » associés à la conduite automobile. Avec la montée du prix du pétrole, de tels quartiers compacts deviendront naturellement plus attrayants.

Efficacité

Bill Doering a fait un suivi de sa consommation d’électricité, de gaz, et d’eau pendant 18 mois et l’a comparé à la consommation de sa famille de leur ancienne maison qui était plus petite de 66 mètres carrés, et n’était occupée que par deux personnes au lieu de quatre. Dans la nouvelle maison, la consommation de gaz est quasi nulle d’avril à novembre et minimale le reste de l’année, en moyenne 25 thermies par mois. Doering estime que leur consommation est de 25 à 40% inférieure à ce qu’elle était dans son ancienne maison. La consommation d’eau est aussi légèrement en dessous de leur consommation précédente. Il n’est cependant pas satisfait avec sa consommation d’électricité qui est 25% plus élevée. « Malgré cela, notre utilisation moyenne est de 200 à 225 kilowatts par mois, ce qui n’est pas beaucoup », dit-il. Doering espère rendre la maison neutre en émissions de CO2 en cinq ans soit en réduisant sa consommation, soit en achetant des compensations ou en ajoutant des panneaux solaires, ou d’autres équipements, afin de capter ou de générer de l’énergie renouvelable.

Les données de l’industrie corroborent l’expérience des Doering. Comparés aux constructions ordinaires, les bâtiments certifiés LEED son 25 à 30% plus efficaces en énergie, et les bâtiments LEED avec la qualification « or » et « platine » réduisent encore la consommation d’énergie de 50%, selon une étude récente du New Buildings Institute. Le rapport de McGraw-Hill Construction mentionné ci-dessus affirme que les bâtiments verts réduisent les coûts d’opération de 8 à 9%, que leur valeur est de 7.5% supérieure, qu’ils offrent un retour sur investissement 6.6% supérieur et qu’ils augmentent le ratio d’occupation de 3.5% et les locations de 3%. Ces avantages financiers sont de fortes motivations pour les propriétaires et peuvent les amener à opter pour des pratiques vertes ; ces avantages devraient permettre à l’industrie des bâtiments verts de croître et d’affiner ses techniques et les matériaux dont elle fait usage. Le résultat en sera certainement une meilleure santé, une plus grande efficacité énergétique et des matériaux et des infrastructures plus utiles.

Erica Gies est une reporter pigiste résidant à San Francisco.

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