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L’incroyable recul de la forêt tropicale amazonienne
Mais le rythme des pertes s’accélère-t-il ou décline t-il ?

par Tim Hirsch
traduit de World Watch


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L’incroyable recul de la forêt tropicale amazonienne / 1.8 Mo



Les nouvelles en provenance du bassin amazonien semblent ne jamais être bonnes. Pour nous faire saisir l’importance de la déforestation infligée aux forêts tropicales, les récits et les reportages utilisent des comparaisons avec les États américains ou d’autres pays du monde : ainsi, depuis 1970, une surface de forêt tropicale équivalant à la taille du Texas a été perdue ; durant la pire année de la déforestation, 1995, une surface de la taille de la Belgique sous les assauts répétés des tronçonneuses et des allumettes.

En plus de mettre simplement l’accent sur l’échelle des plus grandes forêts tropicales dans le monde - même la perte d’une surface comparable à celle du Texas laisse la forêt intacte à plus de 80 % -, ces comparaisons sont très utiles parce qu’elles permettent aux citoyens inquiets de juger ce qui se passe vraiment en Amazonie. Ce qui préoccupe la majorité des gens est de savoir si la déforestation est sous contrôle ou si cet écosystème magnifique est condamné à un déclin inéluctable, avec toutes les implications pour les millions d’espèces uniques qu’il abrite, pour la survie de cultures indigènes précaires et pour le climat planétaire.

Une meilleure façon d’appréhender cette question consiste à observer les tendances dans le temps. Avec cette méthode, les nouvelles des dernières années laissent percer une lueur d’espoir (voir le graphique). Les données sur la déforestation annuelle pour l’Amazonie brésilienne révèlent une nette diminution du rythme de la déforestation au cours des trois dernières années. Après avoir atteint un sommet de plus de 27’000 kilomètres carrés en 2004, ce chiffre est tombé à « seulement » 11’000 kilomètres carrés entre le 1er août 2006 et le 1er août 2007, la période de référence utilisée pour la publication des données provenant de satellites et pour les comparaisons annuelles.

Cela représente toujours une perte annuelle de forêt plus étendue que le Liban (désolé de revenir à ces comparaisons), mais ce chiffre signifie également une diminution de 60 % du rythme de la déforestation. Les chiffres pour l’année dernière étaient les plus bas depuis le début des années 1990, et il n’est dès lors guère surprenant que le gouvernement brésilien les ait utilisés comme la preuve du succès des mesures anti-déforestation introduites sous l’administration du Président Luiz Lula da Silva.

Un sumauma abattu destiné au marché du bois.

La tendance à une diminution de la déforestation s’est accentuée depuis la conférence de Bali sur le climat, en décembre 2007. Une des décisions-clés prises afin d’encourager les pays à protéger leurs forêts fut de lancer l’étude des mesures financières incitatives qui pourraient être envisagées, reconnaissant ainsi que près du cinquième de tous les gaz à effet de serre émis par l’homme sont produits par la déforestation. En d’autres mots, la tragédie de la déperdition de la forêt pourrait avoir des implications très importantes sur les revenus du Brésil dans les années à venir.

Ainsi, tout ce qui pourrait laisser croire que la tendance de la destruction de la forêt amazonienne repart à la hausse est devenu politiquement explosif. Et c’est précisément une information détonante de ce type que l’Agence nationale de la recherche spatiale brésilienne (Instituto Nacional de Pesquisas Espaciais, INPE) a diffusée en janvier de cette année.

Ce que dit le satellite

Pour comprendre la signification de ce que ces nouvelles données montrent, il est utile de prendre un peu de recul pour décrire comment le gouvernement brésilien s’y prend pour mesurer et présenter le niveau de la déforestation en Amazonie.

Jusqu’en 2005, la seule méthode était le Projet d’évaluation de la déforestation en Amazonie (PRODES, l’acronyme en portugais), une analyse annuelle d’environ 200 images de la forêt amazonienne prises en haute résolution par le satellite Landsat de la NASA, images complétées par d’autres données satellites lorsqu’il y avait des problèmes de couvertures nuageuses. En comparant la couverture végétale de chaque image avec celle de l’année précédente, il est possible d’avoir une estimation assez précise de la déforestation qui s’est produite durant une année.

Le problème avec ce système est qu’une fois que l’analyse, complexe, de la déforestation est parachevée pour l’année écoulée, les dommages sont faits depuis longtemps. Ce n’est plus qu’une référence historique, peu utile aux autorités pour poursuivre les auteurs de défrichages illégaux. C’est pourquoi en 2005, un nouveau système a été introduit, qui fait partie du Plan d’action contre la déforestation de l’Amazonie lancé par le gouvernement Lula. Le système de Détection de la déforestation en temps réel (DETER) est destiné à compléter, et non à remplacer, PRODES. Comme son nom le suggère, l’idée est d’obtenir des données rapidement en faisant usage de divers satellites qui génèrent beaucoup plus souvent des images, mais à un taux de résolution plus faible. Des analyses du système DETER sont disponibles toutes les deux semaines en moyenne, et, au vu de l’immensité de la forêt amazonienne, l’idée est que ce nouveau système devrait donner aux autorités des informations précieuses sur les nouvelles zones de déforestation et des indications précises quant aux lieux où elles devront concentrer leurs efforts pour faire respecter la loi.

C’est cette soudaine modification du système de suivi qui provoqua l’alerte de janvier. Dans un geste très inhabituel, l’INPE convoqua une conférence de presse pour annoncer qu’au cours des cinq derniers mois de 2007, DETER avait estimé à 3’235 kilomètres carrés le taux de la déforestation (approximativement la taille de Rhode Island). Les images étant en basse résolution, on estime que ce système sous-estime le niveau réel de la déforestation de 40 à 60 % et l’agence elle-même a corrigé à 7’000 kilomètres carrés son estimation de la perte de forêt tropicale d’août à décembre 2007. Avec sept mois à attendre avant la prochaine estimation annuelle, on comprend facilement pourquoi certains craignent que la dernière estimation annuelle de 11’000 kilomètres carrés soit largement dépassée cette année.

Un autre facteur vient s’ajouter aux inquiétudes suscitées par ces observations. Habituellement, les pluies torrentielles en Amazonie provoquent un arrêt quasi complet de la déforestation durant les mois de novembre et de décembre. Or ces deux mois représentent 60 % de la déforestation enregistrée par les satellites, les éleveurs et les exploitants de la forêt ayant profité, semble-t-il, d’une sécheresse prolongée. Cela a conduit à la fois l’INPE et le Ministère brésilien de l’Environnement à qualifier ces découvertes de sans précédents et propres à alimenter les craintes que le rythme de la déforestation s’accélère à nouveau.

L’annonce n’était pas complètement une surprise. Un nombre inhabituellement élevé de feux avaient été observés en Amazonie durant les derniers mois de l’année 2007 ; les scientifiques de l’INPE avaient également laissé entendre depuis des semaines que de mauvaises nouvelles étaient à venir. Malgré cela, l’annonce de ces nouvelles données fut reçue avec un mélange d’alarmisme et de déni de la part des cercles politiques et médiatiques au Brésil. La charismatique et très respectée ministre de l’Environnement, Marina Silva, montra le sérieux avec lequel elle prenait ces données en assistant personnellement à la conférence de presse de l’INPE. Elle profita de l’occasion pour affirmer clairement qu’elle associait étroitement l’accélération de la déforestation aux prix élevés des ressources alimentaires, particulièrement le soja et le bœuf. Quelques heures plus tard son collègue, Reinhold Stephanes, le ministre de l’agriculture, niait catégoriquement un tel lien, inaugurant un point de désaccord ouvert au gouvernement sur la signification, et même l’exactitude, des données fournies par l’INPE.

Le déni le plus violent est venu sans surprise du gouverneur du Mato Grosso Blairo Maggi, l’État concerné par plus de la moitié de la déforestation estimée par le système DETER. Il s’avère que Maggi compte parmi les plus grands producteurs de soja dans le monde (il a également remporté en 2005 la « médaille d’or de la tronçonneuse » décernée par Greenpeace au Brésilien ayant le plus contribué à la destruction de la forêt amazonienne) mais est également un des principaux alliés politiques du Président Lula. Sa réaction à l’annonce fut de donner une interview dans laquelle il demandait en substance dans l’intérêt de qui l’INPE diffusait ces mensonges.

Maggi est également connu pour avoir conversé longuement avec le Président Lula lui-même et lui avoir expliqué ses doutes concernant les chiffres publiés ; une partie de ce scepticisme semble avoir été pris en considération. Dans un commentaire quelques jours après l’annonce, Lula déclara qu’il considérait l’annonce comme exagérée et attaqua ceux qui s’étaient empressés de condamner l’agrobusiness pour sa destruction de l’Amazonie, en déclarant de façon un peu énigmatique : « C’est comme si vous vous rendiez chez un médecin avec une petite tumeur, et, plutôt que de pratiquer une biopsie pour savoir comment vous traiter, il déclarait que vous avez le cancer. »

Lula déclara également que plutôt que de reprocher au Brésil de laisser la déforestation se poursuivre en Amazonie, les ONG devraient tout d’abord « aller planter des arbres dans leur propre pays » - un commentaire qui a profondément choqué les groupes brésiliens qui avait attiré l’attention sur les chiffres publiés.

Bœuf et biocarburants, les responsabilités

Les dynamiques autour de la déforestation en Amazonie sont complexes ; il n’y a pas de réponse unique facile pour expliquer cette dernière remontée - s’il s’agit bien d’une hausse marquée -, ni pour savoir si la bataille est en voie d’être gagnée ou perdue. Comme Marina Silva l’a fait observer elle-même après une visite dans le Mato Grosso suite à l’annonce de janvier, le processus semble suivre un modèle différent : tout d’abord une zone de la forêt tropicale est coupée pour son bois de grande valeur, puis on brûle les surfaces pour obtenir des plaines servant au pâturage des bovins, puis, lorsque la terre est épuisée, elle est labourée pour des cultures telles que le soja.

Une ancienne de forêt tropicale préparée pour la culture du soja, près de Santarem, Pará, Brésil.

Ce qui est incontestable, c’est que le nombre de bovins en Amazonie a augmenté dramatiquement au cours des dernières années. Quelques jours à peine avant l’annonce des nouvelles données, le bureau brésilien des Amis de la Terre a publié un rapport documentant cette augmentation, intitulé « Le royaume du bovin : une nouvelle phase dans la colonisation de l’Amazonie par le bétail ». Le rapport a révélé que le nombre de bovins dans la région amazonienne avait atteint 74 millions de têtes en 2007, dépassant de trois fois le nombre d’habitants. Dans l’État du Mato Grosso, ce ratio est de neuf têtes de bétail pour un habitant. Le nombre de bovins en Amazonie a cru de 46 % en seulement trois ans et la région est à l’origine de pratiquement toute la croissance du cheptel bovin au Brésil entre 2003 et 2006.

Le directeur des Amis de la Terre pour l’Amazonie brésilienne, Roberto Smeraldi, voit un lien clair entre l’accroissement continuel de la production de bœuf et une probable nouvelle augmentation de la déforestation après trois ans d’accalmie. Selon lui, « nous avons eu une véritable overdose de déforestation entre 2002 et 2005, ce qui mena à une disponibilité abondante de terres défrichées. Maintenant que ces terres ont été occupées, le processus reprend à nouveau. »

Autre question brûlante : le boom des biocarburants ajoute-t-il à la pression sur l’Amazonie ? Le refrain incessant de la puissante industrie du sucre au Brésil, tout comme celui du gouvernement, est un non vigoureux. Ces dénégations s’appuient sur le fait que l’expansion actuelle, et projetée, des plantations de canne à sucre pour répondre à la demande croissante en éthanol est concentrée dans la région centre-sud du pays, très loin de l’Amazonie où la pluie est trop intense pour permettre cette culture.

Il est vrai que la canne à sucre est peu cultivée en Amazonie, mais certains groupes ont souligné la possibilité de liens indirects entre l’expansion de la production de biocarburants et la déforestation. Déjà dans nombre de régions, par exemple à l’ouest de l’État de São Paulo, on observe un changement à large échelle de l’usage de la terre qui passe du pâturage pour l’élevage à la plantation de canne à sucre à mesure que le boom de l’éthanol prend de l’ampleur. D’où la question qui en découle : où déplace t-on le bovin ?

La réponse du côté du lobby pro-biocarburants est que l’amélioration de la productivité signifie que davantage de bovins peuvent être concentrés sur des parcelles plus petites, qu’il y a plus de pâturages dégradés que nécessaires pour répondre à la croissance de la production d’éthanol. Or, la presse a rapporté que des fermiers ont pris la décision de déplacer leurs cheptels vers le nord en Amazonie où la terre pour le pâturage est bon marché, et bien que les preuves de cet « effet de déplacement » soient encore en grande partie anecdotiques, il reste à déterminer si la canne à sucre deviendra toujours plus dominante dans le paysage d’autres régions du Brésil.

Quelles que soient les causes directes et indirectes de la dernière déforestation, la grande question consiste à savoir si le « feu orange », selon les termes de la ministre Marina Silva au sujet des chiffres d’août à décembre 2007, ont déclenché une réponse suffisante des autorités brésiliennes pour prévenir une accélération supplémentaire des tendances à plus long terme.

Les enjeux sont très importants. Au moment où le Brésil recherche une influence toujours plus grande sur la scène internationale en tant qu’économie émergente clé et se pose en candidat sérieux pour un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies, la destruction continuelle de l’Amazonie est bien plus qu’une source d’embarras. Elle est de plus en plus perçue comme une menace pour le climat mondial, et de ce fait, pour la sécurité mondiale à long terme.

Le gouvernement brésilien répond que puisque les bénéfices de la forêt tropicale sont partagés par toute l’humanité, il est raisonnable de penser que les pays riches participent aux coûts induits de sa protection - considérant en particulier que le monde industrialisé n’a eu aucun scrupule à décimer ses propres écosystèmes lors de la course à son enrichissement. Comme l’exprimait le Président Lula dans un discours à l’occasion d’une rencontre de législateurs du G8 avec des pays clés en développement, en février dernier : « Les pays pollueurs du monde doivent payer leur part pour que les pays pauvres puissent faire au 21e siècle ce que les pays riches n’ont pas eu le courage de faire au 19e siècle, même s’ils n’avaient pas les connaissances que nous avons aujourd’hui : préserver intégralement la nature. »

À proximité de Rio Branco, dans l’État d’Acre au Brésil, pacage sur des terres qui étaient jusqu’à récemment une forêt tropicale.

Concrètement, Lula défend l’idée de la mise en place d’un fonds volontaire sous l’égide de la Convention sur le climat de l’ONU, qui canaliserait des investissements importants des pays les plus riches vers des programmes de protection des forêts dans les tropiques. Cette proposition est l’une des nombreuses options qui seront discutées dans le cadre des discussions post-Kyoto qui doivent se terminer à la fin de l’année 2009, chacune ayant pour but, d’une manière ou d’une autre, de faire en sorte que la protection de la forêt devienne, pour les pays concernés, une option financièrement attractive.

C’est la raison pour laquelle les Brésiliens ne veulent vraiment pas que le record du déclin de la forêt amazonienne, établi en 2004, soit battu. Pour l’éviter, des mesures visibles et assez draconiennes ont été prises depuis l’annonce des derniers chiffres, l’espoir étant que cet événement demeure un accroc plutôt qu’une tendance nouvelle.

Parmi les premières réactions, relevons un décret présidentiel concernant l’administration de 36 municipalités, qui, ensemble, représentaient plus de la moitié de la déforestation totale observée au cours des trois dernières années. Ces municipalités sont situées le long de ce qu’on a appelé « l’arc de la déforestation », principalement la frontière agricole au sud et à l’est de la forêt tropicale. Des mesures spéciales sont imposées dans cette région, dont une interdiction de nouvelles autorisations de couper la forêt et l’exigence pour les propriétaires terriens d’enregistrer à nouveau leur propriété en présentant leurs documents originaux et des références géographiques précises. Cette dernière mesure, décrite par la ministre Silva comme un « rayon X de la région », est vue comme une étape vitale parce qu’une partie très importante de la déforestation est le fait de fausses revendications, une méthode qui a même un nom spécifique en portugais, grilagem.

Une liste noire des pires responsables de la déforestation est actuellement établie et publiée et les banques sont contactées pour faire en sorte que soient coupés les crédits aux propriétaires terriens qui ne respectent pas les lois sur l’environnement de leur région. En plus de ces mesures, dans une tentative pour faire comprendre aux bûcherons illégaux et aux autres exploiteurs sauvages de la forêt qu’ils ne peuvent continuer à agir en toute impunité, une opération éclair - du nom de code « arc de feu » - visant à faire respecter la loi, a été lancée par les autorités fédérales.

Profit contre nécessité

Si un test pour juger du sérieux de ces mesures consiste à vérifier si elles provoquent des protestations et des controverses, alors les signes récents sont plutôt positifs. En février, des troupes fédérales ont dû être déployées à Tailândia, une ville dans l’État du Pará ; les compagnies de bois y avaient mobilisé la population pour bloquer l’autoroute après la confiscation de 15’000 mètres cubes de bois illégal.

À la fin février, il est trop tôt pour juger si l’action urgente prise par le gouvernement Lula en Amazonie sera suffisante pour atteindre l’objectif qu’il s’est fixé, à savoir exercer suffisamment de pressions à l’encontre de la déforestation pour maintenir son rythme annuel en dessous des données de l’année dernière (jusqu’en août), soit 11’000 kilomètres carrés, et cela malgré l’augmentation inquiétante des derniers mois de 2007.

Le point de vue pessimiste est qu’il s’agit là de mesures parallèles déjà vues, comme celles prises à la suite du meurtre, en 2005, de Dorothy Stang, une religieuse née aux Etats-Unis. Dorothy Stang fut assassinée après avoir défié les intérêts de puissants fermiers dans l’accomplissement de son travail d’aide aux communautés locales afin qu’elles puissent vivre de façon durable dans la forêt. À l’époque, une région particulièrement réputée pour ne connaître aucune loi au Pará fut submergée de troupes, et pendant un certain temps, la présence de l’État parvint à contenir la déforestation. Mais aujourd’hui le Pará joue à nouveau en première ligue des États destructeurs. Selon les sceptiques, les causes structurelles de la déforestation n’ont pas été visées, comme les pressions de l’agrobusiness à grande échelle et les projets d’infrastructures soutenus par le gouvernement (comme les barrages et les routes), qui encouragent activement la spéculation foncière et les activités illégales dans la forêt. Faute d’actions sur les causes structurelles, les sceptiques pensent que les chiffres de la déforestation vont reprendre leur ascension et que l’Amazonie va poursuivre son dangereux déclin.

D’un point de vue optimiste, on estime que comme le Brésil ne peut pas se permettre de perdre cette bataille, il fera tout pour la gagner. Il va extirper de la région concernée les mauvais éléments, les priver de crédits et récompenser ceux qui se comportent correctement. Combinées au réseau croissant de régions et de terres autochtones protégées et au nouveau système original de concessions de forêts publiques à des entreprises privées, assorties avec de plans pour une gestion durable, les approches durables au développement de l’Amazonie vont suffisamment valoriser la forêt pour contrer l’attractivité à court terme des coupes.

Dans la mosaïque vaste et complexe de l’Amazonie brésilienne, vous pouvez trouver un grand nombre de preuves étayant ces résultats. Lequel de ces scénarios va-t-il prévaloir ? Cela dépendra non seulement des actions des autorités brésiliennes, mais des décisions des gouvernements, des entreprises privées et des consommateurs de par le monde. Le « feu orange » de la fin de 2007 pourrait se révéler avoir été le catalyseur nécessaire à l’adoption de politiques publiques dans la région. Ou il peut avoir été la preuve que la tendance à une diminution de la déforestation des années précédentes n’était qu’un effet temporaire lié aux conditions du marché et que dans une période de prix élevés des aliments, nous sommes repartis pour une nouvelle vague de déforestation déprimante. Une chose est certaine : l’Amazonie est à un point tournant, et son évolution aura un impact énorme, pour nous tous.

Tim Hirsch est un auteur et un producteur se spécialisant sur les questions environnementales au Brésil.

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